Il est des fantasmes dont on sait que la réalisation ne se fera que plus tard, dans l’attente de celui ou celle qui semblera parfait pour jouer le premier rôle. Il est enfin arrivé dans ma vie.

Je suis nue. J’éponge à l’aide d’un drap de bain les dernières gouttelettes qui perlent le long de mes jambes. Je n’ai ni froid, ni chaud. Je me sens bien, à bonne température. Je me baisse pour attraper sous le lavabo ma crème pour le corps. J’ouvre le gros tube rouge, une odeur fruitée s’en dégage. J’applique une grosse noisette de crème sur le bout de mes doigts et l’étale délicatement et fermement sur mes jambes que je prends à deux mains pour la faire pénétrer tout en massant mes mollets.  Je presse à nouveau le tube pour cette fois-ci étaler la douce texture sur mes hanches, mon ventre, puis mes seins, mes bras, passant de temps à autres sur mes fesses et mon dos, pour remonter jusqu’à mon cou. Je repose le tube de crème à sa place après l’avoir bien refermé.

Je m’assieds sur le rebord de la baignoire. J’écarte les cuisses afin de vérifier que mon épilation est totale et parfaite. D’un doigt, j’entrouvre mes grandes lèvres, aucun poil hérissé à l’horizon. J’attrape mon petit paquet de lingettes intimes, en sors un petit carré humide et le passe délicatement sur mon sexe, entre les lèvres, sur l’intérieur des cuisses puis autour de mon anus. Je jette la lingette à la poubelle.

Je me relève et me place en face du miroir afin d’appliquer ma crème de jour délicatement sur mon visage. Je regarde l’heure, il est temps que je me presse. Je vaporise rapidement mon parfum sur mon cou, torse, creux des coudes, poignets et creux des genoux et j’applique mon déodorant sous mes aisselles.

Je me dirige vers la chambre et me plante devant l’armoire. J’ouvre la porte derrière laquelle se cachent mes sous-vêtements. Je prends une paire de bas noirs en résille, m’assieds sur le bord du lit et enfile chaque bas. Le contact de la résille me fait frissonner. Je me relève, mes bas glissent un peu. Je sors de la chambre pour me diriger vers mon étagère à trésors : mes chaussures. Elles sont là devant moi. Elles me parlent « nous avons été choisies pour toi, par l’élu et tu sais que nous sommes parfaites pour toi ». Elles sont satinées, rouges avec de la dentelle noire ainsi qu’un talon aiguille de 12 centimètres, très légèrement compensées. Je glisse mes pieds dans ces écrins et me dirige à nouveau vers la chambre.

Je me dépêche de fouiller pour trouver mon corset satiné noir et rouge. Le corset en mains, je l’enroule autour de ma taille et rentre le ventre au maximum afin de pouvoir fermer les attaches métalliques. Il n’est pas assez serré. Je défais le nœud dans mon dos afin de tirer au maximum les lacets que je renoue à l’aveugle. Je vérifie le résultat dans le grand miroir placé derrière moi. Ma taille est fine, mes hanches marquées, le corset souligne mes petits seins par des armatures mais ne les couvre pas. Six jarretelles larges tombent à mi-cuisses, je m’empresse de les attacher à mes bas avec difficulté et enfile rapidement un string de dentelle noire transparente.

Je retourne à la salle de bains, sèche et lisse mes cheveux. Je sors mon poudrier, mon ombre à paupière, mon mascara, mon crayon noir, du blush et mon rouge à lèvre rouge sang. Après une dizaine de minutes, j’ai les yeux charbonneux et la bouche d’un rouge parfait.

J’ai le cœur qui bat vite du fait de mon excitation. J’essaie d’imaginer ses réactions, je rêve la scène de ce qui pourrait se passer. Je veux tout, son excitation et mon excitation, son plaisir et mon plaisir. Je veux que ce moment se finisse en extase, tous deux complètement essoufflés et exténués. Je veux saisir ces moments où l’on peut lire dans les yeux et dans le jeu des corps toute la puissance de ce que l’un donne à l’autre, de l’échange, de l’inquiétude, de la douleur, de la frustration, de l’excitation des sens à l’extrême. Je sens déjà mon entrejambe chauffer et humidifier mon string.

La clé tourne dans la serrure. Mon cœur s’accélère. Je me dirige vers l’entrée, d’un pas assuré, bien décidée à ne lui laisser aucune alternative…