Je me relève légèrement, approche ma cigarette près de son épaule et cherche la bonne distance pour ne pas le brûler mais pour que sa peau chauffe suffisamment. Je rapproche tout doucement de sa peau, le bout rouge et incandescent de ma cigarette.

« - Tu ne vas tout de même pas écraser ta cigarette sur moi ?
-    Pas tout de suite non.
-    Ah parce que tu comptes le faire ?
-    J’en sais rien, je verrai bien.
-    Tu veux me laisser des traces mon amour ?
-    J’ai mille et une façons de te laisser des traces et tu le sais très bien. La cigarette n’est pas une de mes favorites.
-    Tu veux me mordre jusqu’au sang ?
-    Je n’irais peut-être pas jusqu’au sang, tu hurleras avant.
-    J’ai l’impression que je vais souffrir ce soir…
-    Tu vas souffrir et prendre beaucoup de plaisir… »

Je passe le bout de ma cigarette le long de son bras, en descendant doucement vers son poignet, puis remonte, lentement, en me rapprochant de plus en plus de sa peau. Il grimace par moment, notamment quand je passe près des endroits où sa peau est la plus fine.

J’ai plein d’idées qui me passent par la tête, les unes plus farfelues que les autres, il ne s’agit que d’envies et de fantasmes que j’ai appris à apprivoiser. Mon éducation et la mémoire collective ont tenté d’annihiler ce qu’ils qualifient de perversions, mais ça a été un échec cuisant. Aujourd’hui en vivant toutes mes envies, je me sens plus libre que je ne l’ai jamais été, mes limites n’étant que celles que je me suis fixées et celles de mon corps, celui des autres et de nos esprits respectifs.

« - Tu m’aimes ?
-    Oui je t’aime ! »

Je retourne dans l’autre pièce, écrase ma cigarette et ouvre mon gros sac.

J’en sors différents objets dont on pourrait se demander l’utilité de certains. Je trouve mon appareil photo, le sors de son étui. Avant de l’utiliser, je décide d’agrémenter un peu le décor d’autant plus que la nuit est en train de tomber. Les pièces se font de plus en plus sombres. Je fouille de nouveau dans mon sac et en sors un sac plastique rempli de petites bougies rondes et plates que l’on utilise habituellement pour les photophores.

Je m’approche de la fenêtre et décide de fermer les volets. J’en fais de même pour la seconde pièce. Bien qu’exhibitionniste, je préfère garder notre soirée secrète. Je ferme la fenêtre de la pièce où est installée ma victime, je n’ai aucune envie que l’un d’entre nous attrape froid. Ce serait inutile et idiot. J’allume une lumière douce et tamisée dans le salon. Je prends en mains mon sac de bougies et mon briquet. J’allume, une à une, une vingtaine de bougies que je dispose en cercle autour de lui. J’embrase quelques autres afin de les disperser un peu partout dans les deux pièces à des endroits opportuns en prenant toutes les précautions nécessaires afin d’éviter tout éventuel accident.

J’éteins la lumière dans le salon, prends mon appareil photo au passage et prends quelques photos de lui sous différents angles. Je ne suis pas une experte et mon appareil est tout ce qu’il y a de plus classique, c’est juste pour le souvenir. J’aime le voir attaché, ça m’excite. Il est beau ainsi. Il sera encore plus beau lorsque nous arriverons à un certain stade et qu’il aura tant donné qu’il sera en sueur.

« - Tu as soif ?
-    Oui, un peu.
-    Ok, attends deux secondes »

Je prends mon verre et y rajoute un peu de Champagne à nouveau. Je regarde autour de moi, il me manque un élément. Je file vers la cuisine et entreprends de regarder dans plusieurs placards. Je suis quasiment sûre que C. en a, je ne sais d’ailleurs pas pourquoi je me persuade de cette allégation. Après avoir regardé dans deux placards, je trouve une boite de plastique transparent contenant une centaine de pailles. J’en sors cinq, ça pourrait me donner d’autres idées.

Je reviens au salon, prends mon verre avec une paille. J’aurais pu le faire boire au verre, mais je trouve l’idée de boire du Champagne à la paille saugrenue donc parfaite pour l’occasion.

« - Tu sais ce que je vais te donner à boire ?
-    Hmm… Je ne sais pas…
-    C’est du Champagne que je vais te faire boire à la paille alors vas-y doucement. »

J’approche la paille de sa bouche qu’il met en cœur, et il commence à aspirer le liquide, je le laisse boire selon son envie. J’aurais bien envie de lui l’arracher de la bouche alors qu’il est en train d’aspirer pour lui en mettre partout, mais j’ai peur de tâcher le plancher, alors je me retiens. « Gaspiller » du Champagne est vraiment un luxe, mais dans ce cas précis, il ne s’agirait pas de gaspillage mais d’un jeu. J’imagine bien enlever brusquement cette paille de sa bouche, qu’une partie coule le long de son menton et sur son torse, que je me ferais un plaisir de lécher. D’ailleurs, ça me donne une idée pour la suite des évènements. Après deux ou trois gorgées, il relâche complètement la paille, la poussant avec sa langue.

« - Tu n’en veux plus ?
- Non, plus pour le moment, merci. »

Je repose le verre sur une table et vais chercher mon gros sac. Je décide de m’approprier une table basse sur sa droite. Je sors ma collection d’objets dont on pourrait se demander l’utilité de certains mais pour d’autres, cela ne laisse planer aucun doute. Je les pose délicatement un à un sur cette petite table en verre, prenant soin de ne pas les déposer trop forts mais suffisamment pour qu’il entende le choc entre chacun des ustensiles et le verre de la table. Je sais qu’il est difficile pour lui de distinguer les bruit que fait chacun d’entre eux à cause de la musique. Mais c’est parfait ainsi. Je dirais même que c’est presque nécessaire, cela rajoute un peu à la tension, lui empêchant de pouvoir appréhender ce qu’il pourrait lui arriver, donc de perdre encore un peu plus le contrôle de la situation.

Soudain, un doute traverse mon esprit. Il faut vérifier. Je me dépêcher de me rendre dans la cuisine, ouvre le congélateur et soupire de soulagement : « Elle a pensé à tout… ».

Je reviens près de lui. J’ai le sentiment qu’il est impatient et qu’il en a marre d’être attaché là sans que grand-chose se passe. Mais cela fait parti du jeu, je veux maintenir et casser des rythmes au cours de la soirée. Le sentir dans l’attente est un excellent point.

« - Ca va ? Je ne t’ai pas trop serré les nœuds ?
-    Non, ça va, mon sang circule correctement donc c’est que ça doit aller.
-    Essaie de bouger pour voir.
-    Ok »
Il tente de se dégager les poignets et les chevilles mais en vain, mes nœuds sont corrects et ne bougent pas.

« - Bon ben je crois que je suis prisonnier ! Ca ne me déplait pas, mais je commence à trouver le temps long. Tu as prévu des trucs à une heure précise ?
-    Je prends mon temps, j’ai envie de te faire languir un peu. Si je te laisse comme ça, peut-être que tu finiras par me supplier de te faire quelque chose peut-être.
-    De me détacher sûrement, je vois pas pour quoi d’autre je te supplierais.
-    Ah oui ? » Je me rapproche de lui en appuyant mes mains sur ses avant-bras tout en approchant mon visage du sien.

«  - Et tu n’aimerais pas que j’abuse de toi ? Que je commence à te caresser, te branler ou à te sucer ? Que j’abuse de ta bouche pour me lécher là où je le désire ? Que je m’empale sur toi et que je décide seule du rythme du va et vient, coupant à chaque fois le rythme lorsque je sens que tu vas jouir ? Que j’enfile mon gode-ceinture pour ensuite t’enfiler ? Que je te viole avec mon vagin, mon gode, ma bouche et mes mains ? Ne pensant qu’à mon plaisir, occultant complètement le tien ? Faire de toi un objet sexuel et oublier complètement que tu es un être humain avec des émotions et des sentiments.
-    Tu m’excites !
-    Tu finiras par me supplier de te baiser !»

Effectivement, le résultat est là. Il bande à nouveau alors que la pression était redescendue. Je savais très bien que l’idée de ne plus contrôler la situation sexuellement l’exciterait. En parler tout simplement suffit à évoquer des fantasmes, des images, ainsi je me rends compte à quel point nous donnons et nous acceptons de laisser du pouvoir aux mots.

Il est temps de commencer.

« - Je t’embrasse une dernière fois avant un long moment ! »