The Smiths, Cocteau Twins, Noir Desir… Je ne sais que choisir. J’opte pour « Saturnz Return » qui est dans mon sac. Je retourne dans l’autre pièce, attrapant une coupe de Champagne et mon paquet de cigarettes au passage.

Je m’assois au sol, glissant un coussin sous mes fesses, devant la petite table basse. J’apporte la coupe à ma bouche, laisse glisser le liquide doré et pétillant dans ma gorge, un arrière-goût légèrement amer se fait sentir. J’allume une cigarette, souffle la fumée tout en le regardant. Ce que je le trouve beau, contraint, attaché, silencieux, un peu plus anxieux à chaque étape.

Je me lève, m'avance vers lui, du talc à la main, et commence à lui saupoudrer avec attention le torse. Je frotte doucement la paume de ma main sur sa peau pour étaler la poudre blanche. Je ne connais que trop bien ce mouvement, cette technique que certaines esthéticiennes ne devraient pas omettre – c'est d'ailleurs ainsi que je reconnais les mauvaises du genre.

« - Ooohh... non...
    Si ! »

Je retourne vers la petite table que je tire un peu plus près de lui, dégageant du pied délicatement quelques bougies. J'attrape la petite spatule en bois et mélange la cire. Il n'est pas question d'utiliser les bandes, je ferai tout à la main. J'étale un peu de cire sur le dos de ma main pour vérifier la température, c'est parfait. Je retire la cire durcie, c'est maintenant à son tour. J'enroule une coulée de la mixture visqueuse et épaisse autour de mon bâtonnet, la plaque sur son torse, l'étale comme si j'étais en train de faire le nappage d'un gâteau. J'en fais une bande bien rectangulaire du haut vers le bas. J'ai le sourire en coin et je me dis qu'il souffrira tellement moins qu'une épilation intégrale féminine. La peau est bien plus épaisse à cet endroit donc moins sensible.

« - Tssssss...
    Oh ça va hein ! J'ai encore rien fait.
    C'est pas la première fois qu'on me le fait et je sais très bien que ça fait terriblement mal.
    C'est marrant ! Vous, les hommes, dès qu'on vous tape dessus, vous essayez de faire valoir votre virilité et ne dites pas un mot parce qu'un homme qui couine quand il prend des coups n'est pas un Vrai Homme. Par contre quand il s'agit de douleurs toutes autres comme les piqûres, une épilation ou une plaie à soigner, vous vendriez votre âme pour ne pas en souffrir.
Je n'aime pas la violence. Je déteste ça. La violence pour la violence est un concept totalement stupide. Si je dois souffrir physiquement c'est que je l'ai choisi et dans ce cas j'assume. Vous devriez vous faire des épilations au lieu de faire des combats de coqs quand vous vous battez, ça vous calmerait plus rapidement et il y aurait moins de dégâts. Quitte à se faire mal, autant que ce soit utile… »

Je tire d’un coup sec sur la bande alors que je continue à déblatérer un discours qui ne me semble d’aucune utilité.

« - HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !
-    Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha !
-    Et en plus ça te fait rire ! Tu es vraiment une sadique !
-    Oui, un peu. Quoique… si j’en crois mes lectures, notamment Deleuze qui rappelle que l’opposition du sadisme et du masochisme est une erreur, je ne suis pas une sadique pure. Mais dans notre cas, on peut effectivement soupçonner que je sois sadique puisque tu n’es pas masochiste. Rien que d’en parler, ça me donne mal au crâne. »

Sa respiration s’est accélérée. Je vois son torse se soulever plus rapidement. J’applique une forte pression avec mes doigts pour atténuer la douleur sur l’endroit où j’ai commencé à l’épiler. Je regarde le rectangle de cire, il est hérissé d’un certain nombre de poils. Je vérifie son torse, l’épilation a bien fonctionné, je peux donc continuer.

J’applique du talc et un nouveau rectangle de cire sur son torse, je le laisse refroidir suffisamment, tire à nouveau d’un coup sec et applique une pression sur le carré de peau douloureux. Je renouvelle l’opération jusqu’à ce que son torse soit quasiment débarrassé de tous ces poils disgracieux. A chaque bande arrachée, il hurle, sa respiration est saccadée, il s’essouffle.

Je passe ma main sur son torse et le caresse doucement et tendrement. Je tourne autour de la chaise où il est assis lentement, chaque pas résonnant sur la parquet qui craque, ma main errant sur ses bras, ses épaules, son cou, son torse. J’ai envie de l’embrasser, mais je me retiens. Il doit rester objet, rien de personnel ne doit intervenir et surtout aucune marque d’affection intime. Sa peau est douce mais son torse n’est pas parfait, il reste quelques poils rebelles, c’est très bien ainsi, ils me serviront pour autre chose que j’avais d’ores et déjà prévu. Sa peau reste néanmoins sensible. Afin d’éviter les désagréments de l’épilation, je lui applique une crème apaisante sur son torse rougi. Je trouve la situation amusante. Je me dis que j’aurais pu me faire assister d’un soumis pour m’éviter ce genre de tâches, mais je n’avais pas envie d’une seconde présence à ce stade.

Je repousse la table basse à son endroit initial. Je remets en place une à une les bougies que j’avais déplacées pour refaire un cercle de lumière parfait. Je ramasse la cire usagée et la jette dans la poubelle de la cuisine. Je scrute l’horloge sur le mur, effectivement il est temps que je me presse. Je retourne dans la pièce où se trouve ma victime, aligne mes différents ustensiles sur la table basse, prends mon téléphone, le cendrier, mes cigarettes et ma coupe de Champagne que je dépose dans le salon.

Je ferme les double portes de chaque côté de la chambre des tortures afin de l’isoler du bruit. Je remplis deux autres coupes de Champagne. J’allume à nouveau une cigarette et savoure ce dernier moment de solitude avant l’arrivée de mes deux invitées.

La soirée ne fait que commencer.