Attache-moi (part #9)

Mon téléphone portable posé sur la table s’illumine un instant. Je regarde l’écran « Je suis en bas. A tout de suite ! ». C’est C., une belle grande rousse aux yeux rieurs, caractère plutôt joyeux et avenant, mais sa franchise déconcertante vous rappelle à qui vous avez affaire. J’entends la porte s’ouvrir puis se refermer et des pas discrets avancer sur le parquet. Je me retourne et je vois son visage illuminé murmurant :
« - Coucou ! Ca va ?
- Oui et toi ?
- Super ! Je vais aller me changer et je reviens !
- Je crois que tu connais bien la maison ! Merci en tout cas !
- Ca me fait plaisir et puis on va bien s’amuser ! L. n’est pas arrivée ?
- Non pas encore, mais tu la connais, elle est toujours en retard !
- Et lui ? Ca va il tient le choc pour le moment ?
- Oui, mais il ne sait pas du tout ce qui l’attend.
- Bon je file me changer. A tout de suiiiite ! »

Je me sens stressée, mais l’excitation prend le dessus. J’espère que L. ne va pas trop être en retard, je n’ai pas envie d’attendre trop longtemps. Si elle n’est pas là dans les dix minutes qui suivent, je pense que nous reprendrons à deux, le problème étant que si elle arrive en pleine séance, cela risque de casser l’ambiance et le rythme. J’entends C. s’affairer dans la chambre. Je regarde à ma droite, je le vois au travers des carreaux de la double-portes, assis sur sa chaise, seul. Il bouge de temps à autre, comme il le peut, un pied. Je décide de m’assurer qu’il va bien. Je prends ma coupe et entre dans la pièce où il se trouve.

« - Ca va ?
- Oui, mais bon je trouve un peu le temps long.
- Tu n’as pas froid ?
- Non ça va.
- Tu vas encore me faire attendre longtemps ?
- Tu as soif ?
- Un peu. »

Je porte la coupe à sa bouche afin qu’il boive à nouveau un peu de Champagne. Après deux gorgées, il recule la tête afin de me faire signe qu’il n’en veut plus. Je retourne à l’autre pièce, ferme la double-portes et me rassois.

J’entends les talons de C. sur le plancher. Je regarde mon téléphone, j’ai un nouveau message. C’est L. Miracle ! Elle est quasiment à l’heure ! C. sort au même instant de la chambre.

« - L. arrive, je vais lui ouvrir la porte !
- Ah ! Ca y est ! On va pas tarder à commencer !
- Je t’ai servi une coupe de Champagne, sur la table !
- Hmm du Champagne, mon pêché mignon.
- Le pêché de toutes les Dominatrices. »

J’ouvre la porte, j’ai un mouvement de recul par surprise, L. est déjà à l’étage, sur le pas de la porte. Je mets l’index devant ma bouche et la fais entrer. Elle est chargée de deux gros sacs, je lui prends un sac, referme la porte et m’avance devant elle pour lui montrer le chemin. Nous murmurons.

« - Tu vas bien ?
- Oui et toi ?
- Naze comme d’habitude, je ne m’arrête pas.
- Oh c’est une soirée cool ! Tu vas te détendre. »

Nous entrons dans le salon où C. est en train de déguster son Champagne. Nous posons les sacs.

« - Saluuuut !
- Salut C ! Tu vas bien ?
- Super ! Et toi ?
- Fatiguée, mais je pense qu’on va bien s’amuser.
- Tu peux aller te changer dans la chambre si tu veux.
- Oh ça va j’ai juste mes bottes à enfiler, je suis déjà habillée sous mon manteau. Ma larve m’a déposée en voiture juste en bas de l’immeuble. J’ai pris l’ascenseur mais je lui ai ordonné de me monter les sacs par l’escalier. Il s’est tapé tous les étages. Ha ! Ha ! Ha ! Le pauvre il était tout transpirant en arrivant devant ta porte ? Ca ne peut que lui faire du bien.

L. se débarrasse de son manteau. Elle est très couverte comme souvent. C’est une petite brune à l’apparence androgyne, cheveux courts, noir ébène, regard perçant, sourire narquois. Elle est habillée d’un corset de cuir, d’une jupe en Lycra laqué, des bas de soie noirs. Je n’ai aucun doute ou presque sur les bottes qu’elle va sortir de son sac. Bingo ! Des bottes noires mi-cuir, mi-vinyle, avec des boucles le long des côtés extérieurs et un talon métallique.

L. n’est pas facile à apprivoiser, elle ne se laisse pas approcher facilement. Elle est pourtant d’un naturel sociable mais ne laisse pas grand monde entrer dans son intimité. Elle a la fougue de la jeunesse avec une grande maturité qu’on retrouve peu chez les filles de son âge, il y a du vécu derrière tout cela, je n’en connais que quelques bribes. Elle s’assoit et allume une cigarette. C. lui tend une coupe, remplit la mienne, me la tend, prend la sienne et lève son verre dans notre direction.

« - A Nous ! »

Nos trois coupes s’entrechoquent et nous éclatons spontanément de rire. J’observe la tenue de C. Elle a revêtu un serre-taille satiné noir, soutien-gorge noir en dentelle à armatures, une mini-jupe en Lycra laqué, des bas noirs opaques noués par un ruban rouge aux lieu et place de la couture et de simples bottes noires en cuir à talons dont la hauteur est modérée, sept centimètres tout au plus.

« - Il ne s’ennuie pas trop ? Ca fait combien de temps que tu l’as laissé comme ça ?
- Une vingtaine de minutes maintenant je pense…. Je vais ouvrir la double-portes, mais je ne veux pas qu’il reconnaisse vos voix au départ. De toute façon, là il a dû entendre qu’il y avait du monde mais je doute qu’il sache de qui il s’agit, avec la musique, je pense qu’il lui est difficile de vous identifier. Dans un premier temps, je voudrais qu’on se rende dans la pièce où il se trouve mais sans parler.
- J’ai amené mes cordes comme tu le souhaitais. J’imagine que tu veux que je l’attache ?
- Waouh ! On va faire du bondage ! Moi aussi j’ai des cordes ! Mais bon L. c’est la spécialiste.
- Oui enfin, n’exagérons rien.
- Oui j’ai envie que tu l’attaches, il vaut mieux le faire au départ non ? Parce que si on attend trop, il va finir par fatiguer et j’ai envie qu’il soit réactif.
- C’est comme tu veux. Les gens réagissent tous différemment au bondage mais c’est vrai que ça demande de l’énergie à l’attaché. T’as une idée précise du programme que tu veux mener durant la soirée ou tu souhaites évoluer au feeling ?
- Non je n’ai pas réglé la soirée comme du papier à musique comme le ferait Jeanne de Berg bien qu’il s’agisse d’une Cérémonie de Femmes. J’ai des idées précises sur certaines pratiques que je placerai à bon escient au fur et à mesure du rythme que la soirée va prendre.
- Et les autres ?
- Comme pour la larve de L., même heure.
- Bon ! On finit notre clope et on ouvre les hostilités ?
- Parfait !
- Gé-nial, on va bien s’amuser ! »

L. se lève, cigarette à la main, elle ouvre l’un de ses sacs et en sort un tas de cordes. C. termine de déguster son Champagne pendant que je savoure ma cigarette.

« - Une fois prêtes, je vais ouvrir la double-portes. On ne devra plus parler jusqu’à nouvel ordre. Je veux qu’il entende seulement le bruit de nos talons sur le sol. Vous pourrez le toucher, le caresser, le pincer, le gifler, le griffer, ce que vous souhaitez, il est à vous. Juste un bémol, sadiques comme vous êtes toutes les deux… ce n’est pas un grand maso, donc doucement les filles.
- Sadiques ? Nous ?
- Tout de suite les grands mots !
- Vous m’avez comprise ! Je tiens à le récupérer en un seul morceau, j’en ai besoin moi ! Bref, dans un premier temps, durant cinq bonnes minutes, on va lui tourner autour en le touchant de la manière qu’on veut. Ensuite à mon signal, on le détachera de la chaise toujours sans dire mot. Après, j’aimerai que L. l’attache, ça te semble possible de le faire sans parler ?
- Pas besoin de parler. Je le placerai moi-même comme je le souhaite pour faire ce que j’ai à faire. Tu veux que je l’attache comment au fait ? A la chaise ? Au sol ? Debout ? Je n’ai pas regardé la pièce. Je ne sais ce qu’il est possible de faire.
- Retourne-toi ! Regarde ! Il y a un crochet.
- Hmm. Oui mais je ne vais pas risquer de faire une suspension complète. Mais je pourrai m’en servir effectivement. Et puis les suspensions c’est fatigant pour le sujet. Tu veux qu’il reste vif n’est-ce-pas ?
- Oui, je ne veux pas qu’on le fatigue trop vite. L., je te laisse carte blanche pour l’attacher tant qu’on peut le martyriser. Il ne faut pas non plus qu’il croie qu’il est en vacances pour se faire caresser par trois belles femmes. Je veux le bousculer aussi.
- Je te reconnais bien là.
- Bon allez ! L. C’est bon ? Tes cordes sont prêtes ?
- Oui.
- C. ?
- C’est parti ! »

Nous nous alignons spontanément devant la double-portes, C. et L. sont légèrement en retrait à mes côtés. Je tends mes mains et ouvre la poignée en repoussant chacune des portes-fenêtres.

Nous nous regardons en souriant et nous avançons lentement vers notre victime dans la salle des supplices.

[à suivre]